• Peut-on se passer de mutuelle santé ?

    Les temps sont durs pour beaucoup de Français, et on apprend que de nombreux retraités préfèrent se passer de mutuelle parce que c'est trop cher. À tel point que le Président de la République s'en est ému et envisage de faire contribuer les entreprises pour aider au financement des mutuelles des jeunes retraités pendant 3 ans. Déjà on voit mal comment ça peut régler le problème, d'une part parce que le Medef ne voudra jamais (encore une taxe !), lui qui réclame sans cesse au contraire des allégements de charges, d'autre part parce qu'après 3 ans on fait quoi ? Et ce n'est pas pendant les 3 premières années de sa retraite qu'un retraité a le plus besoin de soins, c'est plus tard, bien plus tard.

    On a tellement conditionné les esprits à considérer qu'on ne peut vivre sans mutuelle, que quand on annonce autour de soi qu'on n'a pas de mutuelle les gens vous regardent d'un air effaré, l'air de dire "t'es complètement inconscient mon pauvre vieux".

    Pourtant certains qui auraient les moyens de se payer une mutuelle décident de s'en passer, en choisissant de gérer eux-mêmes le risque  face à la maladie, en provisionnant de quoi parer aux dépenses de santé. Une mutuelle fonctionne sur le principe de l'assurance : elle gère le risque pour vous. Ce qui signifie que dès la première mensualité, vous avez un pourcentage non négligeable de votre cotisation qui se volatilise pour financer l'organisme de mutuelle, son personnel, ses locaux, sa publicité, ses bénéfices. Sans compter les taxes que l'État prend au passage sur les cotisations.

    Donc que fait une Mutuelle de ce qu'il reste quand elle a ponctionné ses frais de fonctionnement et payé ses impôts ? Elle en fait un pot commun pour indemniser les malades, et ses barèmes de remboursement sont calculés en fonction des statistiques, actualisées chaque année.

    L'idée c'est donc d'ouvrir un compte épargne sur lequel on mettra chaque mois la somme qu'on aurait versé à une mutuelle, en général ça tourne aux alentours de 100 à 120 euros, et de piocher dans ce compte épargne quand on en a besoin, et uniquement pour les frais de santé. Déjà il faut se rappeler qu'une Mutuelle ne vient qu'en complément de la Sécurité Sociale, et tout le monde est assuré social. Donc ne pas avoir de Mutuelle, ça ne veut pas dire qu'on n'est plus remboursé du tout, la Sécurité Sociale n'a pas encore été abolie en ces temps de plus en plus libéraux. Et dans le cas d'une maladie grave genre cancer on est pris en charge à 100%, et la mutuelle ne sert à rien. 

    Quand on parle Mutuelle les gens pensent essentiellement aux frais dentaires et aux lunettes. Les frais dentaires c'est incontournable, et ça chiffre vite. Mais les mutuelles plafonnent les remboursements, et même avec une mutuelle on est souvent de sa poche si on faire faire une couronne en céramique ou un implant. Et s'il faut en faire une deuxième dans l'année, on est 100% de sa poche car beaucoup de mutuelles limitent les remboursements de prothèses dentaires à une par an.

    C'est aussi l'optique qui fait monter en flèche le prix des mutuelles. Les mutuelles ont un effet pervers, celui d'inciter les gens à dépenser l'intégralité du plafond de remboursement prévu dans leur contrat. Les opticiens sont experts en la matière, la première chose qu'ils vous demandent c'est quelle est votre mutuelle ? Et en fonction de votre plafond de remboursement, ils vont se faire un plaisir de vous recommander des montures de marque, jusqu'à utiliser l'intégralité ou presque du plafond. C'est bien sûr sur les montures de marque que les opticiens font les meilleures marges. 

    Résultat, vous qui êtes plutôt sobre par nature et qui vous vous souciez peu de parader avec des lunettes aux montures Gucci, vous payez avec vos cotisations les lunettes des autres, les snobs désargentés qui tous les deux ans vont se faire refaire une nouvelle paire  rien que pour ne pas laisser passer un centime des prestations prévues par la Mutuelle. "Puisque je paie de toute façon, il ferait beau voir que je leur fasse cadeau d'un seul centime". Effet pervers, et les cotisations ne cessent d'augmenter.

     Le problème avec la santé, c'est qu'elle est devenue un bien de consommation. Dans nos sociétés modernes, tout est marchandise, y compris la médecine et les soins. On n'est pas tous égaux devant la maladie, certains trinquent plus que d'autres. Mais il y a aussi tous les hypocondriaques, ceux qui se précipitent chez le médecin au moindre petit bobo, dont l'armoire à pharmacie est pleine à craquer et qui fonctionnent aux antidépresseurs, aux anxiolytiques ou aux somnifères à longueur d'année. Si vous êtes un consommateur modéré de ces prothèses chimiques ou mieux si vous êtes totalement abstinent, sachez qu'en cotisant à une mutuelle vous payez pour tous ces Français qui carburent aux psychotropes, et il paraît que dans ce domaine notre pays est en tête dans les classements internationaux. 

    Selon votre profil de consommation vis à vis de la santé, il peut être intéressant ou non de vous passer de mutuelle. Combien de fois par an allez-vous chez le médecin ? Combien prenez-vous de médicaments en ce moment ? Si vous êtes comme ce pilote allemand suicidaire qui a consulté 41 médecins en 3 mois, alors surtout gardez votre mutuelle ! Si vous êtes du genre à consulter un médecin pour perdre du poids, et à prendre des médicaments coupe-faim, gardez votre mutuelle. Si par contre vous préférez gérer ça par vous même, faire un régime et vous mettre au sport, réfléchissez à 2 fois avant de vous précipiter pour claquer 1200 euros minimum par an dans une mutuelle santé.

    Faites vos calculs. Prenez vos relevés de remboursement sur un an et regardez ce que vous avez dépensé, ce que la sécurité sociale vous a remboursé et ce que la Mutuelle vous a remboursé. Comparez le montant des remboursements de la Mutuelle à ce qu'elle vous a coûté. Si vous êtes encore salarié et bientôt retraité, regardez sur votre bulletin de salaire ce que la Mutuelle vous coûte chaque mois, la plupart ne le savent pas parce que toute toute façon ils n'ont pas le choix, c'est l'employeur qui choisit la mutuelle et elle est obligatoire. N'oubliez pas de multiplier ce montant par deux car en général l'entreprise prend à sa charge la moitié de la cotisation. Et dites-vous que quand vous serez à la retraite, vous ne bénéficierez plus de cette part patronale, et la mutuelle sera entièrement à votre charge.

    N'ayez pas de tabou sur la question. On peut se passer de mutuelle. Il suffit de savoir gérer un budget de façon responsable.


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  • Commentaires

    1
    Samedi 25 Mars 2017 à 01:46

    La raison nous pousse vers votre raisonnement. Mais c'est sans compter sur l'inertie et la peur irraisonnée...

    Bref, pour mesurer la fraction de ceux qui seraient d'accord pour se lancer, cliquez sur le lien ci-contre pour aller sur un sondage sur ce sujet ! 

      • Holo
        Mercredi 27 Décembre 2017 à 14:03

        Bonjour,

        Pas de mutuelle pour moi, retraité âgé de 72 ans. Choix délibéré de ma part.

        explications:

        1. Aspect financier:

        sur 100€ cotisés, 13,5 sont des taxes sur les assurances, 20 sont des frais de gestion et surtout de publicité commerciale. Si on admet un petit profit tout à fait justifié pour une entreprise, environ 40€ sont donc perdus, et seulement 60 servent aux remboursements (au mieux).

        2. Nature des risques.

        Pour la vue, TOUS les retraités portent des lunettes. Donc une assurance c’est stupide, on tourne en rond! On fait des dossiers qui occupent du personnel en pure perte. Je traite en direct avec les opticiens, et quand ils savent que je n’ai pas de mutuelle la relation change (à mon profit). Comment se fait-il que c’est en France que les lunettes sont les plus chères et qu’il y a tant d’optitiens quasi désœuvrés ?

        Pour les dents, je surveille avec beaucoup de vigilance. Bonne hygiène. Si alerte, RDV avec le dentiste. Au minimum deux contrôles préventifs par an. Quoiqu’il en soit, c’est très mal remboursé.

        Vue et dents, c’est 80% de l’activité des mutuelles.

        il Ne reste donc pas grand chose pour le seul vrai risque, la santé. Pour cela la Sécu prend tout ou presque en charge. L’hôpital je connais.

        Si en plus on est un minimum responsable, ni tabac, ni alcool, activité physique régulière, et médecine préventive selon recommandation de la Sécu, le risque est d’autant plus limité. 

        3. Morale de l’histoire 

        Quand on est retraité, la cotisation est uniforme, indépendante des revenus, il n’y a donc aucune solidarité. Ce n’est donc que du commerce et les mutuelles sont un produit de consommation pour des consommateurs. C’est tout. 

        Donc considérons les mutuelles pour ce qu’elles sont, de simples sociétés d’assurance, pour le moment pas obligatoires.

        Les mutuelles c’est le sujet le plus hypocrite qui soit, et la plus grosse arnaque dans laquelle tout le monde ou presque plonge.

        Organisons nous pour épargner par nous mêmes l’équivalent des cotisations. Soyons des  « auto-assurés ».

    2
    Samedi 25 Mars 2017 à 01:48

    Petite précision : pour accéder au sondage, il faut cliquer sur mon pseudo !

    Merci aux participants !

    3
    Jeudi 29 Juin 2017 à 16:30

    Perso, je peux pas m'en passer....

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